Relation parent – adolescent

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

« Bonjour Claire,

Ma fille Marine actuellement âgée de 16 ans entretient une relation assez ambigüe et exerce une pression déstabilisante depuis quelques temps avec moi qui me fait m’interroger sur l’attitude que je devrais adopter vis-à-vis d’elle. Je suis cadre d’entreprise, en contact fréquent avec des clients issus du monde entier et gagne assez bien ma vie. J’aime suivre la mode, porter des bijoux et tenues élégantes et n’hésite pas à me faire plaisir en allant au restaurant avec mes collègues le midi et chez le coiffeur régulièrement. Issus tous deux de familles simples mais n’ayant jamais manqué de rien où nos frères et sœurs et nous-mêmes avons toujours appris à mesurer la valeur de l’argent, nous avons essayé mon mari et moi d’inculquer ces principes de simplicité à notre fille, même si nous avons veillé à ce qu’elle ne manque elle-même de rien non plus. Aussi lorsque nous dépensons, nous essayons de le faire intelligemment, de comparer les prix, de profiter des soldes et de saisir les offres spéciales, et d’ailleurs en ce qui me concerne, les vêtements que j’achète sont rarement de marque. Marine me fait cependant remarquer et pointe du doigt chacun de mes achats – surtout les vêtements – alors qu’elle n’en manque pas non plus et dispose d’argent de poche qu’elle peut utiliser comme bon lui semble ! Chacune de nos confrontations fait naître chez moi un sentiment de malaise et de culpabilité à tel point que je me sens obligée parfois de cacher mes nouvelles acquisitions au fond des placards. Comment faire comprendre à Marine qu’il est aussi important pour sa mère de prendre soin d’elle ? Sophie N. »

« Bonjour Sophie,

Merci de votre témoignage et surtout merci d’exposer une situation où vous exprimez le dénuement et la vulnérabilité bien connus de tous les parents face à leur enfant.

Petits ou grands, ils ont un don très particulier, celui de mettre le doigt là où ça fait mal, là où nous ne sommes pas (encore) complètement au clair avec nous-même. Comme une pierre précieuse, chaque relation humaine fait briller différentes facettes de notre personnalité, nous amène souvent à revisiter notre histoire et nous invite à réfléchir à ce que nous envoyons et recevons dans la relation et surtout à ce que cela réveille en nous.

Avant de me pencher sur l’ « ambiguïté » que vous évoquez, j’ai envie de faire un petit détour et de vous présenter un des aspects clés de la relation parent-enfant. Notre rôle de parent est de répondre en priorité aux besoins de survie (soins, sécurité, santé) de nos enfants, à leurs besoins relationnels (capacité à communiquer) et à leurs besoins affectifs (capacité à s’aimer et à aimer). Les besoins relationnels sont : le besoin de se dire, d’être entendu, d’être reconnu, d’être valorisé, de disposer d’une intimité et d’avoir une influence sur notre environnement proche. Je tiens à rappeler que les parents ne sont pas responsables des désirs de leurs enfants (pour cela il y a les anniversaires, les fêtes de Noël, l’argent de poche), bref vous vous devez de leur acheter des chaussures, mais pas les Nike à 200 EUR !

Ce qu’il y a de spécifique dans votre question, c’est que votre fille est adolescente et que les besoins et les attentes à cet âge sont forts différents de ceux d’un enfant ou d’un préadolescent. Votre fille prend son envol et à besoin de se différencier de vous, de votre façon de vivre, de vos valeurs, qui étaient aussi les siennes jusqu’à présent et auxquelles elle va tenter de s’apposer en passant d’abord par une phase d’opposition.

Lorsque vous employez le mot « ambigu » vous touchez à mon sens en plein dans le « mille ». Je veux dire par là que ce mot exprime à mon sens la dynamique dans laquelle un adolescent se trouve. Remettre en cause un système, s’en détacher sans le piétiner au risque de se piétiner soi-même, partir à la découverte de ce que l’on veut être et ne pas être, tout en recherchant l’approbation de ceux qui nous ont accompagné toute notre vie est un passage douloureux, déstabilisant et inquiétant.

Pour répondre à la question que vous posez plus haut : « quelle attitude adopter ? », et que j’ai envie de compléter par « et comment soutenir son ado sans le lui montrer (et surtout sans y laisser trop de plumes) ? », j’ai envie de vous proposer les pistes suivantes :

  • En premier je vous invite à vous détendre. Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas facile. N’empêche que la dernière chose dont un adolescent à besoin, c’est d’un parent angoissé. Un parent qui manifeste à son enfant qu’il ne lui fait pas confiance ou pire qui est lui-même déstabilisé face à son comportement. D’après votre témoignage, aucun comportement déviant ne menace la vie de votre enfant ou de quelqu’un d’autre, donc quelques règles d’hygiène relationnelle devraient vous permettre de traverser cette période avec plus de sérénité.
  • Ensuite je vous propose de vous centrer sur vous et de vous pencher sur votre ressenti face au comportement de votre fille, à ses allusions, haussements d’épaule, de sourcils etc. Comment vous sentez vous ? Qu’est ce qui vous met sous pression exactement ? De quoi vous sentez vous coupable exactement ? À quels événements, déceptions, combats son comportement vous renvoie t-il ? Avez-vous besoin de clarifier des situations non achevées liées à votre adolescence et ravivées par votre enfant? Je voulais aussi vous confirmer qu’il est tout à fait sain et naturel que vous preniez soin de vous et que vous vous sentiez bien dans vos vêtements. L’argent que vous gagnez ne doit pas servir uniquement à payer les factures et remplir le frigo, il doit vous permettre de vous faire plaisir de la façon qui sera bonne pour vous !
  • En ce qui concerne votre attitude, c’est-à-dire le comportement à adopter, je vous propose une ligne de conduite qui peut se résumer en quelques mots : opter pour un positionnement clair et congruent et surtout parler de soi, à son bout de la relation. Gardez à l’esprit que votre fille a besoin d’être entendue et surtout respectée. Utiliser la confirmation et inviter l’autre à parler de lui me semble être une bonne façon d’ouvrir le dialogue. Voici un exemple de phrase qui me vient à l’esprit si vous vous sentez « mise sous pression » par votre fille quand vous rentrez à la maison avec une nouvelle tenue : « Je vois que la robe que je viens d’acheter ne te plaît pas. Moi, elle me plaît et m’habiller à mon goût est ma façon de prendre soin de moi. Tu n’es pas obligée d’adhérer à mon choix, mais je te demande de la respecter. Je t’invite à exprimer ce que tu ressens à ton bout de la relation, par exemple à la façon dont tu veux dépenser ton argent». Il va sans dire que ce positionnement se doit d’être réciproque. Avant de finir je voulais aussi vous dire que les enfants utilisent souvent des voies détournées pour exprimer quelque chose qui les touche et qu’ils ne peuvent, ou ne veulent pas évoquer directement. Quelle interrogation votre fille peut-elle avoir derrière ses critiques ? Est-elle angoissée par son avenir, le chemin à emprunter pour être indépendante financièrement ? Il n’y a qu’elle qui puisse répondre à cela. Ce que vous pouvez lui proposer pour tenter de s’entendre est un espace d’échange et de dialogue teinté de respect et de non-jugement : lui tendre l’oreille en quelque sorte. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 4 juin 2014.

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