Des films et des relations : « Don Jon » de Joseph Gordon-Levitt

DonJonCertains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir et de se refléter, sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Don Jon

Il était une fois un beau gosse d’une vingtaine d’années, baptisé « Don Jon » par ses amis, en référence aux compétences séductrices de Don Juan. Malgré son succès auprès de la gent féminine qu’il séduit avec succès dans les boîtes de nuit et les relations sexuelles qui en découlent, Jon affirme que « le sexe d’une femme ne lui suffit pas ». Il s’adonne donc plusieurs fois par jour à une autre de ses activités préférées, la masturbation devant des films pornographiques.

Si ses samedis sont consacrés aux « amis » et aux rencontres sexuelles, les dimanches eux sont dédiés à la famille, qu’il rejoint pour la messe. Après s’être confessé de ses pratiques sexuelles, il déjeune avec son père, sa mère et sa soeur puis se rend à son club de sport où il pratique la musculation au rythme des Ave Maria, requis par le prêtre en échange de l’absolution de ses péchés.

Ce rythme immuable est perturbé le jour où il rencontre la très voluptueuse Barbara, qui est aussi la première à refuser ses avances. Prenant conscience qu’il est miné par une profonde insatisfaction, il décide d’y remédier en essayant quelque chose de nouveau : conquérir cette femme qui ne quitte plus son esprit.

Ce film est une vraie belle surprise et propose tout un florilège de scènes, décrivant finement le contexte anti-relationnel dans lequel Johnny évolue ainsi que les raisons de son addiction. Il s’achève sur une rencontre exceptionnelle qui engendre la métamorphose du personnage principal…je ne vous en dis pas plus.

Chaussant mes lunettes d’homo esperus j’ai très envie de vous parler des scènes qui m’ont le plus amusée et éblouie.

La table familiale

Les déjeuners dominicaux chez les parents sont le théâtre d’échanges impossibles avec un père qui vocifère des conseils censés êtres bienveillants à son fils tout en ayant le regard rivé sur la télévision et plus précisément le match de foot qu’il suit avec passion, le tout sur un fond sonore tonitruant qui rend toute écoute physiquement impossible. La sœur de Jon, elle, se consacre exclusivement à l’usage de son Smartphone, mais nous réserve une magnifique intervention. La mère, quant à elle, désespère de devenir grand-mère, dépose généreusement cette attente sur son fils et ne se prive pas de lui faire savoir sur un mode légèrement culpabilisant. Vous trouverez donc dans ces scènes tous les ingrédients du système SAPPE, à savoir : injonctions, menaces, dévalorisations, culpabilisations et chantage par pression morale ou affective. Le tout nappé de bonne volonté et d’une chaleureuse convivialité. Un vrai régal ! Comme quoi, il est possible d’aimer les membres de sa famille et d’entretenir avec eux des relations énergétivores.

Barbara ou le pseudo-amour

Scarlett Johansson, qui incarne le personnage de Barbara, est tout simplement divine et dispose naturellement de tous les atouts susceptibles de faire tourner la tête de notre héros. La relation amoureuse qu’elle va lui proposer en revanche n’est rien d’autre qu’un pseudo amour et plus précisément un amour de besoin. Son besoin de trouver un compagnon répondant à tous les critères cueillis au gré des films romantiques qu’elle affectionne tant. Elle va donc dicter à Jon ce qu’il doit faire ou ne pas faire pour coller à son idéal à elle. Comme quoi il est possible d’aimer son partenaire tout en acceptant une relation terroriste.

Une vraie rencontre amoureuse

Esther est la seule personne à proposer à Johnny une relation basée sur le non jugement, l’écoute, le respect et la bienveillance. Cette femme délicate, différente, capable de discernement, plus âgée que lui agace notre héros par ses prises de contact, ses questions, puis un cadeau vraiment atypique, du moins dans un premier temps. Elle sait lui poser des questions justes, déroutantes, de celles qui ébranlent nos certitudes quand nous acceptons de les entendre et nous poussent à ouvrir d’autres portes, à choisir d’autres chemins. C’est aussi le seul personnage capable de parler de soi à l’autre et non sur l’autre. Avec elle Jon change d’univers et découvre le bonheur d’une relation saine. Cette relation merveilleuse que je souhaite à chacun et chacune de vivre un jour incarne la phrase suivante extraite du livre de Jacques Salomé, « Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE » : « Le seul enjeu réel d’une relation, c’est d’en sortir plus beau et plus vivant ». Comme quoi il est possible de vivre une relation amoureuse où l’on se relie au meilleur de soi et au positif de l’autre sans se laisser polluer par le négatif potentiellement présent en chacun.