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Des films et des relations : « Peur dévorer âme » de Rainer Werner Fassbinder

Certains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Peur dévorer âme (titre originel « Tous les autres s’appellent Ali »)

L’intemporalité

Sorti dans les salles en 1974, ce film traite de sujets qui sont, aujourd’hui plus que jamais, d’une actualité édifiante. Certes les décors et la mode vestimentaire ont énormément évolués, mais les thèmes traités sont absolument intemporels. Rainer Werner Fassbinder raconte une rencontre atypique entre une femme allemande d’une soixantaine d’années et un très jeune travailleur immigré marocain. Leur amour surprenant les confronte au racisme, à la médisance et à l’exclusion. Un voyage au cœur de l’amour et de la réconciliation, mais aussi de la solitude et du déracinement, de l’intolérance et de la peur de l’autre.

La rencontre amoureuse

Une femme entre dans un café pour se mettre à l’abri de la pluie. Un groupe de travailleurs émigrés échange quelques mots à coté du comptoir et l’observe s’installer à une table. Elle, veuve depuis de nombreuses années, vit seule dans l’appartement qui a vu grandir ses trois enfants, aujourd’hui adultes. Lui, seul, vit dans une chambre avec cinq autres travailleurs émigrés, loin de sa famille et de sa patrie, de sa culture et de sa langue. Une danse rapproche les deux protagonistes qui ne font partie ni du même univers, ni de la même culture. S’ensuit une rencontre qui va défier les valeurs morales d’une société engoncée dans la méfiance, la peur de manquer, d’être envahie, que sais-je encore. Une femme de cet âge, un homme de cette condition, rien ne pouvait soupçonner ce qui va suivre. La bonté qui émane d’elle, son regard libre de préjugés vis-à-vis de l’étranger est une vraie source à laquelle il fait bon s’abreuver.

Le regard de l’autre

S’affranchir du regard de l’autre, oser suivre l’élan de votre cœur, répondre à la joie qui pulse dans votre corps permet de se rapprocher un peu plus de vous. Comme dans un système de vases communicants, ce rapprochement entraîne également un mouvement inverse, l’éloignement. Il y a toujours un prix à payer dans le changement. Paradoxalement, ce sont ceux qui nous « aiment » le plus qui tolèrent le moins notre évolution. Gare alors aux silences, aux portes qui claquent, aux remarques désobligeantes et bien d’autres comportements dont une liste exhaustive pourrait emplir un livre. N’attendez jamais le soutien de ceux qui vous entourent, compagnons de route, parents, enfants, amis. Changer déplaît surtout à ceux qui nous aiment. Vos alliés se trouvent souvent ailleurs.

Le défi de chaque relation de couple

Nos protagonistes n’échappent pas au sort que connaissent les relations de projet. L’absence de communication mène sans détour ni exception aux mal-entendus, à l’éloignement et aux incompréhensions. Faute d’eau, de lumière et d’air frais, aucune plante ne survit. Pour que votre relation de couple reste saine et verdoyante, outillez-vous de quelques règles d’hygiène relationnelle, arrosez de messages vivifiants et, surtout, pensez à nettoyer régulièrement les messages toxiques qui ne manqueront pas de s’enraciner.

Un message d’espoir

L’Amour n’attend pas, il n’a pas d’âge, ni de couleur. Vous lui tendez la main comme vous cueilleriez un fruit mur, sachant qu’il peut ne plus être là si vous repassez demain. La rencontre amoureuse est comme une invitation de la Vie à être présent. Présent à soi, à ce que notre cœur nous murmure, pour un jour ou pour une vie car, comme le dit Jacques Salomé, « nul ne sait à l’avance la durée de vie d’un Amour ».

Des films et des relations : « Departures » de Yōjirō Takita

Certains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Departures

Quoi de plus naturel que de déposer un nouveau-né dans les bras de ses parents pour que ces derniers le nomment, l’accueillent et découvrent son odeur ? Et qu’en est-il de ce rituel une fois la Vie finie, l’âme envolée ? Lorsque le corps, étendu et apaisé, est présenté aux proches venus faire leurs adieux ?

Ce film poétique et bouleversant évoque la vie, la mort et la cérémonie des adieux dans la culture  japonaise. Il porte un autre regard sur ce passage que chaque être affronte seul quand sa Vie s’achève. Comme par magie. la différence culturelle s’efface pour laisser place à l’universalité, de notre condition humaine et de la douleur de ceux qui restent, quelle que soit la couleur de leur peau ou leur religion.

Le voyage

Daigo tourne le dos à sa carrière de violoncelliste après l’éclatement de l’orchestre pour lequel il jouait et part vivre avec sa femme dans la maison héritée de sa mère. Cette même maison où il vécut heureux jusqu’au départ de son père. Il avait alors 6 ans. Son existence prend un cours insolite quand il répond à une annonce pour un emploi « d’aide aux départs ». Une faute de frappe et l’agence de voyage se révèle être une entreprise de pompes funèbres, une autre forme de voyage en quelque sorte.

Retour à la source

C’est dans la chaleur de l’eau des bains que Daigo venait cacher son chagrin d’enfant. C’est dans les mêmes bains qu’il vient se purifier après sa première mission. L’eau des bains chauffée au feu de bois invite à la réflexion ; au gré des rencontres, les liens sociaux se tissent. Tout comme les saumons remontent la rivière et retournent au bassin où ils ont vu le jour, notre héros affronte son passé, ses démons et ses peurs avant de se réconcilier avec son existence. L’histoire ne dit pas s’il y mourra, en revanche c’est en ce lieu qu’il transmet la Vie.

Transmission et cheminement

C’est le père aujourd’hui détesté, par cet ex-enfant en colère d’avoir été abandonné, qui a encouragé son fils à jouer du violoncelle. La fin de sa carrière ainsi que la décision de revenir dans son village  permettent à Daigo de trouver la trace de celui dont il a oublié les traits. Comme un clin d’œil du destin, son nouveau métier lui permet de retrouver ce père, de se réconcilier avec lui et surtout de se réconcilier avec lui-même.

Le rite funéraire

Faire ses adieux à un corps sans vie n’aurait-il de sens que pour ceux et celles qui restent ? Si c’était le cas, le rituel qui consiste à laver ce corps, le parer d’un habit, à redonner au visage aimé un peu de forme et de couleur ne serait alors qu’un acte purement égoïste. Car ce sont bien nous, les vivants, qui restons après tout. Et je me pose la question suivante : les êtres qui meurent n’emmènent-ils pas avec eux un morceau de nous, de ce que nous avons partagé, des moments forts de notre vie, les naissances, l’enfance, les mariages, les rires et les disputes ? En bref, ce qui a pu circuler dans la relation, ce qui a été transmis parfois et qui ne peut plus être partagé ?

Jacques Salomé énonce volontiers que « la Vie n’est qu’une suite de rencontres et de séparations ».  Comment célébrons-nous ces moments où la joie fait place au chagrin ? Prendre congé, dire adieu marque un moment fort dans l’existence. Cette rupture, souvent imposée, nous rappelle que le temps passe et combien ce temps est précieux. A travers ces images, je retrouve dans les mains qui célèbrent ce rite, un peu de la douceur des gestes qui accompagnent l’arrivée d’un nouveau-né. Comme l’aboutissement d’un geste commencé il y a plus ou moins longtemps. Ce film met en lumière cet instant qui peut être drôle et douloureux en même temps. Il met également en lumière ceux qui travaillent dans l’ombre, ces hommes et ces femmes qui mettent leurs mains au service de la Vie et de son aboutissement.

Des films et des relations : « Elle s’en va » de Emmanuelle Bercot

Certains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Elle s’en va

Avez-vous déjà eu envie de tout lâcher, de tout quitter, là, sur le champ, sans délai ni tergiversation ? Non par caprice mais par instinct de survie ? Parce que la coupe est pleine, qu’elle déborde et que ce que vous refusiez de voir jusqu’alors s’impose à vous subitement et violemment. Sans crier gare ce ressenti vous submerge et vous emporte tel une lame de fond. Puis la vague vous rejette sur le sable et vous ouvrez les yeux, pour la première fois depuis longtemps. Votre existence, la relation que vous entreteniez avec vous-même et les autres ne vous correspond plus, vous ressentez le besoin de tout lâcher et de partir loin, très loin, au plus près de vous-même. J’imagine que c’est ce que Betty a dû ressentir, le lendemain de cette fameuse soirée où elle apprend que son amant en a une autre. Debout dans la cuisine de son restaurant elle se dirige vers la porte de service, monte dans sa voiture et s’en va.

La relation à soi

Dans ce road-movie hexagonal la dynamique qui me touche le plus est celle du lâcher-prise. Betty décide de lâcher ce qu’elle essaie, en vain, de contrôler et va paradoxalement reprendre sa vie en main. Oui, elle décide activement de partir sans arrière-pensées ni pensées tout court, elle s’en va. Egoïsme diront certains, clairvoyance diront d’autres. La distance qu’elle improvise lui permet de créer l’espace dont elle a besoin pour se retrouver, même si ce cheminement n’est aucunement prémédité. Le chemin cela dit n’est pas sans heurts, il est parsemé des fantômes de son passé,  des relations essentielles qu’elle a délibérément laissées en friche et qui ne demandent qu’à être clarifiées. L’heure du grand débroussaillage est donc venue et son petit-fils va y jouer contre toute attente un rôle central.

Deuil et rêve de vie

Nous apprenons à demi-mot que Betty perd à 19 ans son amoureux dans un accident de voiture, en se rendant à un concours de beauté. Elle en ressort certes vivante mais pas indemne. Faute de savoir que le rêve de vie déposé alors sur cet homme ne se réalisera pas, elle enfouira la violence de cette séparation en elle. Le déni de cette blessure et de sa souffrance l’empêchera de s’allier à nouveau : avec son mari qu’elle trompera, avec sa fille qui ne l’intéresse pas, avec son petit-fils qui se souvient à peine d’elle. Plusieurs décennies après, alors qu’elle se rend au même rendez-vous, son corps lui rend un fier service et la lâche l’espace de quelques heures. Une seconde chance en quelque sorte que Betty accueille non sans mal.

Le possible, un petit pas juste après l’impossible

A travers les reproches de sa fille elle semble s’éveiller une seconde fois et la magie de la rencontre opère enfin. Loin de son quotidien, de ses soucis, son regard se fait neuf et se pose sur ce qui l’entoure. Sans un sou mais riche de la relation que les personnes autour d’elle souhaitent tisser avec elle, ce qui semblait impossible et impensable se produit. Betty répond à l’invitation de la Vie et si Jacques Salomé énonce avec lucidité que « nul ne sait à l’avance la durée de d’un amour », il appartient à chacun d’entre nous de se laisser surprendre et d’accepter la main tendue, et ce, quelque soit son âge.

Des films et des relations : « Don Jon » de Joseph Gordon-Levitt

DonJonCertains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir et de se refléter, sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Don Jon

Il était une fois un beau gosse d’une vingtaine d’années, baptisé « Don Jon » par ses amis, en référence aux compétences séductrices de Don Juan. Malgré son succès auprès de la gent féminine qu’il séduit avec succès dans les boîtes de nuit et les relations sexuelles qui en découlent, Jon affirme que « le sexe d’une femme ne lui suffit pas ». Il s’adonne donc plusieurs fois par jour à une autre de ses activités préférées, la masturbation devant des films pornographiques.

Si ses samedis sont consacrés aux « amis » et aux rencontres sexuelles, les dimanches eux sont dédiés à la famille, qu’il rejoint pour la messe. Après s’être confessé de ses pratiques sexuelles, il déjeune avec son père, sa mère et sa soeur puis se rend à son club de sport où il pratique la musculation au rythme des Ave Maria, requis par le prêtre en échange de l’absolution de ses péchés.

Ce rythme immuable est perturbé le jour où il rencontre la très voluptueuse Barbara, qui est aussi la première à refuser ses avances. Prenant conscience qu’il est miné par une profonde insatisfaction, il décide d’y remédier en essayant quelque chose de nouveau : conquérir cette femme qui ne quitte plus son esprit.

Ce film est une vraie belle surprise et propose tout un florilège de scènes, décrivant finement le contexte anti-relationnel dans lequel Johnny évolue ainsi que les raisons de son addiction. Il s’achève sur une rencontre exceptionnelle qui engendre la métamorphose du personnage principal…je ne vous en dis pas plus.

Chaussant mes lunettes d’homo esperus j’ai très envie de vous parler des scènes qui m’ont le plus amusée et éblouie.

La table familiale

Les déjeuners dominicaux chez les parents sont le théâtre d’échanges impossibles avec un père qui vocifère des conseils censés êtres bienveillants à son fils tout en ayant le regard rivé sur la télévision et plus précisément le match de foot qu’il suit avec passion, le tout sur un fond sonore tonitruant qui rend toute écoute physiquement impossible. La sœur de Jon, elle, se consacre exclusivement à l’usage de son Smartphone, mais nous réserve une magnifique intervention. La mère, quant à elle, désespère de devenir grand-mère, dépose généreusement cette attente sur son fils et ne se prive pas de lui faire savoir sur un mode légèrement culpabilisant. Vous trouverez donc dans ces scènes tous les ingrédients du système SAPPE, à savoir : injonctions, menaces, dévalorisations, culpabilisations et chantage par pression morale ou affective. Le tout nappé de bonne volonté et d’une chaleureuse convivialité. Un vrai régal ! Comme quoi, il est possible d’aimer les membres de sa famille et d’entretenir avec eux des relations énergétivores.

Barbara ou le pseudo-amour

Scarlett Johansson, qui incarne le personnage de Barbara, est tout simplement divine et dispose naturellement de tous les atouts susceptibles de faire tourner la tête de notre héros. La relation amoureuse qu’elle va lui proposer en revanche n’est rien d’autre qu’un pseudo amour et plus précisément un amour de besoin. Son besoin de trouver un compagnon répondant à tous les critères cueillis au gré des films romantiques qu’elle affectionne tant. Elle va donc dicter à Jon ce qu’il doit faire ou ne pas faire pour coller à son idéal à elle. Comme quoi il est possible d’aimer son partenaire tout en acceptant une relation terroriste.

Une vraie rencontre amoureuse

Esther est la seule personne à proposer à Johnny une relation basée sur le non jugement, l’écoute, le respect et la bienveillance. Cette femme délicate, différente, capable de discernement, plus âgée que lui agace notre héros par ses prises de contact, ses questions, puis un cadeau vraiment atypique, du moins dans un premier temps. Elle sait lui poser des questions justes, déroutantes, de celles qui ébranlent nos certitudes quand nous acceptons de les entendre et nous poussent à ouvrir d’autres portes, à choisir d’autres chemins. C’est aussi le seul personnage capable de parler de soi à l’autre et non sur l’autre. Avec elle Jon change d’univers et découvre le bonheur d’une relation saine. Cette relation merveilleuse que je souhaite à chacun et chacune de vivre un jour incarne la phrase suivante extraite du livre de Jacques Salomé, « Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE » : « Le seul enjeu réel d’une relation, c’est d’en sortir plus beau et plus vivant ». Comme quoi il est possible de vivre une relation amoureuse où l’on se relie au meilleur de soi et au positif de l’autre sans se laisser polluer par le négatif potentiellement présent en chacun.

Qu’est ce qu’une vie réussie ?

Qu’est ce qu’ une vie réussie ? Les leçons de la plus longue étude sur le bonheur sont expliquées dans cette présentation de Robert Waldinger, directeur de la Harvard Study of Adult development, que je vous invite à prendre le temps de regarder.

Pour toutes celles et ceux qui ne le savent pas encore, qui l’on oublié et qui apprécient la rigueur des études scientifiques, cette présentation démontre que notre bonheur et notre santé découlent directement de la qualité des relations que nous entretenons avec nos familles, nos amis et nos connaissances; et bien sûr de la relation que nous entretenons avec nous-même. En revanche, contrairement à ce qu’affirme Robert Waldinger dans cette vidéo, je ne pense pas que les relations humaines soient difficiles ou compliquées, cette soi-disant difficulté n’est rien d’autre que notre incapacité à communiquer. Cette incapacité découlant du fait que nous n’avons jamais appris à communiquer… nous ne faisont que répéter ce que nous avons vécu dans notre famille et à l’école.

Des films et des relations : « Love is all you need » de Susanne Bier

© Prokino-2012

© Prokino-2012

Certains films invitent au voyage de la Vie. À travers un scénario, des dialogues, des interprétations, nous amarrons pendant un instant à des ports inconnus, inédits, exotiques, étranges. L’occasion se présente alors de réfléchir et de se refléter, sur soi et sur la relation que nous proposons à l’autre et à nous-même. Certains films laissent un sourire sur notre visage et invitent au partage. Cette rubrique pour partager avec vous les films qui me touchent, m’interrogent et m’interpellent. Ceux que je relie à ma pratique d’homo esperus.

Love is all you need

Une rencontre. Un homme. Une femme. Rien de bien original, me direz-vous, et pourtant. Chaque rencontre est unique. Deux grands blessés de l’existence qui vivent en apnée, dans le déni de ce qu’ils ressentent, coupés de leurs émotions et de leurs ressentis.

Une rencontre assez cocasse à l’occasion d’un accident de voiture dans le parking de l’aéroport. Ils vont monter dans le même avion pour se rendre au même mariage, celui de leurs enfants. Lors du choc de l’accident la perruque que porte Madame glisse sur ses yeux, interrompant net la diatribe de Monsieur, gêné par la vue de ce crâne rasé, portant la marque au fer rouge du cancer. Les deux protagonistes transforment le mariage impossible de leurs enfants en une rencontre lumineuse, pleine de joie et de plaisir. Un vrai délice !

Et puisque ma grille de lecture d’homo esperus ne me quitte plus, je ne peux m’empêcher de saisir ces pépites, comme autant de pistes de réflexion, offertes au gré des rencontres et des séparations qui jalonnent notre Vie.

Ce qui m’interpelle : Philip après le décès de sa femme s’investit sans compter dans son entreprise, laissant son fils, Patrick, orphelin de mère et orphelin d’un père, absent, enfermé dans sa souffrance, incapable de répondre aux besoins relationnels de son enfant.

Quel aurait été le cheminement de Philip si son chemin avait croisé celui de la Méthode ESPERE® ?

Je me plais à imaginer qu’il aurait rencontré une praticienne ou un praticien qui l’aurait accompagné dans son travail de deuil. Dans un premier temps, il aurait conscientisé la violence reçue par la mort soudaine de sa femme (tuée dans un accident de voiture). Petit aparté, la rencontre a lieu lors d’un accident de voiture… surprenant n’est-ce pas ? Pour ce faire il aurait choisi un objet, le plus en rapport possible avec la réalité, pour représenter cette violence, afin de ne pas la nier mais aussi pour s’approprier le pouvoir de ne pas se laisser envahir. Il aurait appris qu’il est possible d’entrer en relation avec cet objet, de lui faire une place dans son quotidien. Ensuite il aurait fait le point sur ses sentiments, ceux plutôt positifs à l’égard de la défunte au moment de la mort, mais aussi au niveau de leur histoire commune. Il aurait fait la même chose avec les sentiments plutôt négatifs. Après il aurait fait le point sur la qualité de la relation qu’ils avaient : tout le bon qui avait circulé entre eux mais aussi le mauvais reçu. Ce cheminement aurait bien sûr été plus ou moins long. Puis Philip aurait appris que bien souvent les mots ne suffisent pas, qu’il existe une démarche extrêmement puissante, celle de la restitution symbolique. Un jour peut-être il aurait restitué la violence reçue en déposant, par exemple, l’objet sur la tombe de la défunte. Il l’aurait accompagné d’une lettre et d’un autre objet symbolisant le « pas bon » reçu dans la relation, afin de ne plus le porter en lui. Enfin, il aurait surtout symbolisé l’amour qu’il ressentait encore pour sa femme. Et oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce n’est pas parce que la personne que nous aimons n’est plus là, que nous ne l’aimons plus. Alors suite à un deuil ou une séparation, il est possible de symboliser cet amour inemployé. Philipp aurait aussi appris que son projet de vie commune avec sa femme ne pourrait plus se réaliser. Le rêve de transmettre la Vie à nouveau, de vieillir ensemble, de faire le tour du monde, etc., ne pourrait plus jamais se réaliser. Il aurait alors symbolisé ce rêve de vie commune, il se le serait réapproprié pour, dans un second temps seulement, y renoncer. Je me plais à penser que cet homme aurait eu le courage de voir et de saisir les mains tendues vers lui et que son chemin aurait croisé celui de la Méthode ESPERE®.

Leadership – « Kleinigkeiten und Führungswerkzeuge » – Süddeutsche Zeitung 04.01.2015 – Part 2

Excellent article en langue allemande sur le thème du leadership et sur la relation entre l’excellence et une communication relationnelle performante.À lire absolument !

Kleinigkeiten und Führungswerkzeuge

Wichtig ist ebenfalls, fünftens, die Vereinbarung klarer Ziele. Wer kein Ziel hat, wird nie ein Ziel erreichen. Deshalb ist es wichtig, früh die beidseitigen Erwartungen zu klären: Was erwartet die Führungskraft vom Mitarbeiter, aber auch, was erwartet der Mitarbeiter von der Führungskraft? Dazu gehört auch Feedback: Wichtig ist positive Rückmeldung im Sinne einer Lob- und Anerkennungskultur, genauso wichtig ist auch konstruktive Korrektur in Form von Verbesserungsvorschlägen. Das gehört ebenso dazu wie Wertschätzung. Menschen blühen auf, wenn sie das Gefühl haben, dass sie wichtig und wertvoll sind. Man muss ihnen vermitteln, dass eine Uhr nicht funktioniert, wenn ein kleines Zahnrädchen nicht funktioniert.Zu den wichtigen Grundsätzen gehört Fairness. Es ist nicht immer möglich, die teils egoistischen Interessen der Mitarbeiter zu befriedigen. Führen ist oft auch das Management von Enttäuschungen. Umso wichtiger ist es, Entscheidungen so zu erklären, dass der Mitarbeiter sie verstehen: Menschen sind bereit, nahezu alles zu ertragen, wenn sie wissen, warum. Auch das ist ein Beitrag zum guten Teamklima: Die Motivation hängt stark davon ab, ob das Teamklima unterstützend ist, aber natürlich auch, ob im Team ein Commitment für Exzellenz und Menschenwürde besteht. Das ist unter anderem Sache der Führungskräfte und Multiplikatoren. Genauso wichtig ist schließlich zehntens die individuelle Entwicklung: Damit viele Menschen fachlich und persönlich vorankommen, muss man Rahmenbedingungen geben.Unsere Forschung zeigt: Je mehr diese Prinzipien gelebt werden, umso eher kann man das Potenzial von Kreativität, Motivation und Innovation aktivieren, was letztlich sowohl einer Exzellenzkultur wie einer Wertschätzungskultur zugutekommt.

4. Die Kleinigkeiten nicht vergessen

Die Welt besteht nicht nur aus den großen Dingen, sondern auch aus kleinen. Danke sagen, Bitte sagen, sich ernsthaft erkundigen, wie es dem Kollegen geht, sind solche Dinge. Man muss sich auch um das allgemeine Wohlbefinden kümmern. Sollte man die defekte Kaffeemaschine ersetzen? Ist die Raumausstattung optimal? Bekommt der Mitarbeiter zum Geburtstag nicht nur ein Dankeschön, sondern einen kleinen Blumenstrauß? An vielen dieser Kleinigkeiten registrieren die Mitarbeiter, ob sie für wichtig gehalten werden.

5. Wichtige Führungswerkzeuge zur Motivation anwenden

Sehr gute Erfahrungen haben wir in Firmen gemacht, die einfache Führungswerkzeuge eingeführt haben, um die Motivation zu erhöhen. Zum Beispiel Selbst- und Teamreflexion oder Fünf-Minuten-Gespräche. Gegenstand der Reflexion ist, das Hamsterrad anzuhalten und zu überlegen, was lief gut, was lief nicht gut, wie kann man Dinge verbessern – sowohl einzeln als auch im Team. Dies ist nicht nur ein Aspekt für die Hygiene, sondern dient der kontinuierlichen Verbesserung.

Weiterhin helfen sogenannte Fünf-Minuten-Gespräche mit jedem Mitarbeiter, die alle zwei bis vier Wochen durchgeführt werden und in denen über individuelle Soll- und Ist-Zustände reflektiert wird. Weitere wichtige Werkzeuge sind eigentlich simple Dinge, die aber sehr motivierend wirken: Fragen stellen und zulassen, den Mitarbeiter dazu bringen, Probleme mit Lösungen zu verbinden.

6. Nicht jeder kann motivieren

Nicht jeder ist zur Führung und Motivation geeignet. Man muss belastbar sein. Man muss den Mut haben, mal die Augen zuzudrücken, gleichzeitig aber auch den Mut haben, Unpopuläres zu sagen. Man darf nicht lieb Kind sein wollen, sondern muss respektiert werden. Die Autorität zur Führung muss man durch sein eigenes Verhalten erlangen. Man muss die Sprache des Gegenübers verstehen, sowohl des Kunden als auch des Mitarbeiters. Man muss seine Emotionen kontrollieren können, wer permanent ausflippt, wird Vertrauen verspielen.

Umso wichtiger ist es, bei der Auswahl und Beförderung von Führungskräften die charakterlichen Eigenschaften eines Menschen zu berücksichtigen. Man sollte für Führung auf keinen Fall per se die beste Fachkraft nehmen, sondern den geeignetsten Mitarbeiter: Der hat zwar von der Sache eine Ahnung, aber noch viel besser weiß er, wie man mit Menschen so umgeht, dass sie für Exzellenz und Wertschätzung stehen. Begrenzt kann man Letzteres sogar lernen, aber nicht jeder.

Beim Motivieren geht es um Wissen, Handlungskompetenzen und Werte. Es soll allerdings ein Missverständnis vermieden werden. Der Mitarbeiter kann nicht sagen: Nun liebe Führungskraft, motiviere mich mal. Führungskräfte sollen Rahmenbedingungen für intrinsische Motivation bieten – aber letztlich ist jeder Mitarbeiter selbst für seine Motivation verantwortlich. Das heißt, er muss sich auch immer selbst so regulieren, dass er mit suboptimalen Bedingungen umgehen kann. Das ist im Berufsleben nicht anders als im Privatleben.

Par Dieter Frey (Professor an der Ludwig-Maximilians-Universität München (LMU) und Leiter des LMU-Centers für Leadership und People Management)

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Publié dans le Süddeutsche Zeitung, le 4 janvier 2015.

Leadership – « Zur Exzellenz geführt » – Süddeutsche Zeitung 04.01.2015 – Part 1

Excellent article en langue allemande sur le thème du leadership et sur la relation entre l’excellence et une communication relationnelle performante.

À lire absolument !

« Wenn der Chef glaubt, er führt, tue ich so, als ob ich arbeite »: Wie schafft es ein Unternehmer, seine Mitarbeiter zu motivieren? Reden, lauschen und entscheiden, meint unser Experte. Die Prinzipien für gute Chefs in sechs Thesen.

Wofür will man motivieren?

Bevor man sich Gedanken macht, was man tun kann, um Mitarbeiter zu motivieren, muss man sich rückbesinnen, was das Kerngeschäft und die Kernziele des eigenen Unternehmens sind. Im Allgemeinen wird man Produkte oder Dienstleistungen herstellen, die auf dem Markt erfolgreich sein sollen, das heißt, man muss letztlich die Bedürfnisse der Kunden erfüllen oder übertreffen. Die Erfüllung der Erwartungen und die Zufriedenheit der Kunden geschieht aber nicht zufällig, sondern ist abhängig von der täglichen Leistung der Mitarbeiter. Wenn die Mitarbeiter sich schlecht behandelt fühlen, werden sie auf Dauer keine gute Arbeit abliefern und sich weder mit der Aufgabe noch dem Chef oder der Organisation identifizieren. Die Mitarbeiter handeln nach der Devise: « Wenn der Chef glaubt, er führt, tue ich so, als ob ich arbeite. » Berücksichtigt man die neuesten Forschungsbefunde – auch die, die wir am LMU Center for Leadership and People Management gefunden haben – kann man wie folgt motivieren:

1. Exzellenzkultur und Wertschätzungskultur schaffen

Führung (sowohl Mitarbeiter- als auch Unternehmensführung) hat in ihrer Motivationsstrategie darauf zu achten, dass drei Kulturen in einer Organisation gelebt werden: Erstens eine Kultur von Exzellenz, Leistung, Innovation, Nachhaltigkeit und Qualität, zweitens eine Kultur von Wertschätzung, Fairness und Transparenz und drittens eine Kultur ethikorientierter Führung, die durch Vorbild, Verantwortung, Verpflichtung gekennzeichnet ist.

Dabei muss die Führungskraft permanent klären und reflektieren, was konkret die Umsetzung aller drei Kulturen bedeutet. Die Umsetzung einer Exzellenzkultur wird bedeuten, dass man sich mit den Besten vergleicht, sich laufend entwickelt, verbessert, reflektiert, wo man noch zulegen kann. Hinsichtlich der Kultur der Wertschätzung ist es dasselbe: ein laufender Prozess im Sinne von « Gehen wir fair und wertschätzend mit den Mitarbeitern um? » Letzteres nicht nur aus humanitären Gründen, was selbstverständlich wäre, sondern auch aus kaufmännischen Gründen, weil gilt: Wertschöpfung entsteht durch Wertschätzung. Das heißt aber, dass man die Quadratur des Kreises erreichen muss, nämlich Wertschätzung mit Exzellenz zu verbinden.

Die Kunst der Motivation von Führung besteht darin, den Mitarbeitern diese Quadratur des Kreises zu transportieren. Mitarbeitermotivation heißt also keineswegs nur, sich wohlzufühlen und gemeinsam Kaffee zu trinken, sondern Rahmenbedingungen zu schaffen, unter denen Produkte und Dienstleistungen auf dem Markt Erfolg haben, gleichzeitig aber die Mitarbeiter und das Team fair und anständig zu behandeln. Das ist kein Widerspruch, sondern ein permanentes Lavieren, manchmal auch ein strukturiertes Durchwurschteln (« muddling through »). Die Führungskraft muss Vorbild im Leben dieser Kulturen sein, sie muss sich für diese Kulturen von Exzellenz und Wertschätzung verantwortlich fühlen und sich laufend verpflichtet fühlen, alles zu tun, damit das Potenzial, das in den drei entscheidenden Kulturen vorhanden ist, ausgeschöpft wird.

2. Für eine hierarchiefreie Kommunikation sorgen

Wie werden diese drei Kulturen im Alltag umgesetzt, sodass sie zu Motivation führen? Zunächst ist es wichtig zu wissen, dass eine Führungsperson allein nichts erreichen kann; sie braucht Unterstützer. Im Sinne des 2-6-2-Modells braucht sie also bei zehn Mitarbeitern mindestens zwei Positiv-Multiplikatoren, die die Philosophie unterstützen und vorausgehen, und sie muss schauen, dass die zwei Personen, die gegenarbeiten, nicht die Überhand gewinnen. Im Idealfall werden die sechs Personen aus dem mittleren Bereich von den Positiv-Multiplikatoren mitgezogen. Des Weiteren braucht man für die Umsetzung eine hierarchiefreie Kommunikation über drei Dinge: Was läuft gut? Was läuft nicht gut? Welche konkreten Verbesserungen bestehen? Wichtig ist, dass jeder Mitarbeiter alles ohne Angst ansprechen darf.

3. Durch kluge Führung die intrinsische Motivation fördern

Wir haben ein Prinzipienmodell der Führung und Motivation entwickelt und dieses in vielen Groß- und Mittelstandsunternehmen mit Tausenden Mitarbeitern und Führungskräften untersucht.

Unsere Forschung zeigt, dass es vor allem zehn Prinzipien sind, die Menschen in Richtung Exzellenz und Wertschätzung motivieren. Sie sprechen weltweite Sehnsüchte von Menschen an. Zum ersten Sinn- und Visionsvermittlung: Wer Leistung fordert, muss Sinn bieten. Man muss transportieren, warum etwas gemacht wird. Dann die Freude an der Arbeit: Nur was man gerne macht, macht man gut. Konsequenterweise muss man die Mitarbeiter so einsetzen, dass sie ihre Talente entwickeln können, und sie gelegentlich fragen: Was muss passieren, damit die Arbeit mehr Freude und Spaß macht?

An dritter Stelle steht Transparenz. Der nicht informierte Mitarbeiter wird sein Potenzial nicht aktivieren. Führen ist überwiegend Kommunikation, und wo die Führungskraft nicht kommuniziert, denkt der Mitarbeiter automatisch, er genieße keine Wertschätzung. Hinzu kommen Autonomie und Partizipation: Als Chef sollte man Mitarbeitern möglichst viele Freiräume geben, damit sie das Gefühl von Selbstwirksamkeit haben. Zu oft hat man Führungskräfte, die sagen: « Ich habe heute meinen besten Mitarbeiter mitgebracht, ich komme selber. » Sie entmündigen damit den Mitarbeiter.

Par Dieter Frey (Professor an der Ludwig-Maximilians-Universität München (LMU) und Leiter des LMU-Centers für Leadership und People Management)

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Publié dans le Süddeutsche Zeitung, le 4 janvier 2015.

Relation d’amitié

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

« Bonjour Claire,

Voilà, depuis quelques mois, Sylvie, ma meilleure amie se désintéresse de moi et met de plus en plus de distance entre nous. Cela me fait beaucoup de peine. Nous nous connaissons depuis la maternelle, avons échangé nos secrets, fait les 400 coups ensemble et nous sommes toujours entraidées lors des moments difficiles. Toutes deux âgées de 27 ans, notre parcours scolaire a été à peu près similaire jusqu’au baccalauréat que nous avons elle et moi obtenu haut la main. Après le Bac, de mon côté j’ai fait une Prépa et intégré une école d’ingénieur dont je suis actuellement diplômée. J’ai d’ailleurs très vite décroché un très bon poste dans une grande société. Sylvie, elle, a voulu à ses 18 ans, passer une année à l’étranger, fait des petits boulots, a multiplié les conquêtes amoureuses et s’est désintéressée des études. Elle avait l’air de ne pas trop penser à son avenir et a profité pleinement de cette période d’insouciance pendant laquelle elle semblait heureuse et épanouie. A son retour en France, elle a préféré travailler pour gagner sa vie que d’aller à l’université. Sylvie enchaine depuis les boulots de serveuse avec les périodes de chômage.

Lors de nos derniers échanges, elle m’a fait part de son mal être avec mes amis qui sont pour la plupart de la même promotion que moi ou bien des collègues de travail. Elle ne se sent pas à la hauteur. Or je lui ai bien dit que cela n’a aucune importance à mes yeux !!! Sylvie est toujours Sylvie avec qui j’ai joué autour du bac à sable et qui a partagé mes joies et mes peines. Comment faire pour ne pas la perdre ? Noémie G. »

« Bonjour Noémie,

Hmm, merci pour votre belle question, elle m’inspire particulièrement. Une relation d’amitié qui prend ses racines dans notre enfance revêt une texture particulière, un peu comme une couverture douce et chaude dans laquelle on peut s’emmitoufler pendant les hivers de nos vies. Une relation comme on peut en avoir avec un frère ou une sœur, insoumise aux aléas de la vie, fidèle à notre évolution personnelle, bref une perle rare, infiniment précieuse.

Si j’ai bien compris, votre amie d’enfance, avec qui vous entretenez une relation d’amitié fondée sur l’entraide et une forte complicité vous semble être en danger. Vous écrivez que votre amie « se désintéresse de vous » sans préciser les faits à l’origine de votre ressenti et rajoutez qu’elle vous a dit ne pas se sentir à l’aise avec vos amis.

Avant de vous proposer quelques pistes de réflexion, j’aimerais vous présenter plusieurs aspects importants :

  • Tout d’abord, qu’est ce qu’une relation ? Je vous propose d’imaginer une écharpe ou un tuyau, entre vous et votre amie. Ce lien, à travers lequel circulent des messages positifs ou des messages toxiques – plus une relation est vivante plus les messages des deux sortes seront présents – est ce qui vous relie et vous distingue. Ce lien pour rester vivant a besoin d’entretien et de vos bons soins à toutes les deux. Une façon de l’entretenir est de passer du temps à deux et d’avoir un échange personnel et authentique, de dialoguer– de vive voix ou au téléphone.
  • Qu’est ce qu’un sentiment ? Cette question peut faire sourire par son évidence, mais j’ai quand envie d’apporter une précision importante, souvent méconnue de tous. Vous éprouvez un sentiment d’amitié pour Sylvie, ce sentiment présent « en vous » est dirigé « vers elle » ce qui en fait un sentiment unique puisque qu’il est fonction d’elle. De toute évidence elle aussi éprouve de l’amitié pour vous selon le même schéma.
  • Qu’est-ce qu’une émotion ? Lorsque vous décrivez votre peine face au désintérêt présumé de votre amie, vous ressentez de la tristesse. Comme toutes les émotions, la tristesse est un ressenti de courte durée et qui surgit en réaction à un comportement ou un propos. Ce qui vous attriste ici c’est l’idée que la relation entre vous disparaisse.

Pourquoi s’attarder sur ces notions me direz-vous ? La raison de ce petit apport théorique est la suivante : pour comprendre une situation relationnelle et réfléchir à des pistes de réflexion, il est bon de prendre un peu de recul et d’analyser les enjeux présents. De cette réflexion découlera votre action, ce que vous pouvez faire à votre bout de la relation, exprimer vos besoins, vos désirs ou vos attentes.

D’après vos propos, je me demande si votre amie ne traverse pas une période difficile à vivre, peut-être son ressenti est-il exacerbé si elle se trouve en présence de personnes ayant déjà atteint ce dont elle a envie. Puisque ni vous ni moi ne sommes dans sa tête, je vous propose d’agir à votre bout de la relation et de :

  • lui consacrer du temps, juste vous deux, dans un espace calme et agréable – chez vous, en vous promenant dans la nature…
  • lui dire le sentiment d’amitié que vous éprouvez à son égard en lui précisant bien que c’est bien de sa personne et non de son métier, de son compte en banque ou de ses relations qu’il s’agit.
  • lui exprimer combien votre relation avec elle est précieuse à vos yeux et combien vous seriez peinée de voir votre relation s’arrêter.
  • enfin et surtout, je vous propose de l’inviter à parler d’elle, de ce qu’elle ressent, ce dont elle a besoin en ce moment, tout en lui proposant votre présence et votre soutien si tel est votre désir. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 30 juin 2014.

Relation parent – adolescent

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

« Bonjour Claire,

Ma fille Marine actuellement âgée de 16 ans entretient une relation assez ambigüe et exerce une pression déstabilisante depuis quelques temps avec moi qui me fait m’interroger sur l’attitude que je devrais adopter vis-à-vis d’elle. Je suis cadre d’entreprise, en contact fréquent avec des clients issus du monde entier et gagne assez bien ma vie. J’aime suivre la mode, porter des bijoux et tenues élégantes et n’hésite pas à me faire plaisir en allant au restaurant avec mes collègues le midi et chez le coiffeur régulièrement. Issus tous deux de familles simples mais n’ayant jamais manqué de rien où nos frères et sœurs et nous-mêmes avons toujours appris à mesurer la valeur de l’argent, nous avons essayé mon mari et moi d’inculquer ces principes de simplicité à notre fille, même si nous avons veillé à ce qu’elle ne manque elle-même de rien non plus. Aussi lorsque nous dépensons, nous essayons de le faire intelligemment, de comparer les prix, de profiter des soldes et de saisir les offres spéciales, et d’ailleurs en ce qui me concerne, les vêtements que j’achète sont rarement de marque. Marine me fait cependant remarquer et pointe du doigt chacun de mes achats – surtout les vêtements – alors qu’elle n’en manque pas non plus et dispose d’argent de poche qu’elle peut utiliser comme bon lui semble ! Chacune de nos confrontations fait naître chez moi un sentiment de malaise et de culpabilité à tel point que je me sens obligée parfois de cacher mes nouvelles acquisitions au fond des placards. Comment faire comprendre à Marine qu’il est aussi important pour sa mère de prendre soin d’elle ? Sophie N. »

« Bonjour Sophie,

Merci de votre témoignage et surtout merci d’exposer une situation où vous exprimez le dénuement et la vulnérabilité bien connus de tous les parents face à leur enfant.

Petits ou grands, ils ont un don très particulier, celui de mettre le doigt là où ça fait mal, là où nous ne sommes pas (encore) complètement au clair avec nous-même. Comme une pierre précieuse, chaque relation humaine fait briller différentes facettes de notre personnalité, nous amène souvent à revisiter notre histoire et nous invite à réfléchir à ce que nous envoyons et recevons dans la relation et surtout à ce que cela réveille en nous.

Avant de me pencher sur l’ « ambiguïté » que vous évoquez, j’ai envie de faire un petit détour et de vous présenter un des aspects clés de la relation parent-enfant. Notre rôle de parent est de répondre en priorité aux besoins de survie (soins, sécurité, santé) de nos enfants, à leurs besoins relationnels (capacité à communiquer) et à leurs besoins affectifs (capacité à s’aimer et à aimer). Les besoins relationnels sont : le besoin de se dire, d’être entendu, d’être reconnu, d’être valorisé, de disposer d’une intimité et d’avoir une influence sur notre environnement proche. Je tiens à rappeler que les parents ne sont pas responsables des désirs de leurs enfants (pour cela il y a les anniversaires, les fêtes de Noël, l’argent de poche), bref vous vous devez de leur acheter des chaussures, mais pas les Nike à 200 EUR !

Ce qu’il y a de spécifique dans votre question, c’est que votre fille est adolescente et que les besoins et les attentes à cet âge sont forts différents de ceux d’un enfant ou d’un préadolescent. Votre fille prend son envol et à besoin de se différencier de vous, de votre façon de vivre, de vos valeurs, qui étaient aussi les siennes jusqu’à présent et auxquelles elle va tenter de s’apposer en passant d’abord par une phase d’opposition.

Lorsque vous employez le mot « ambigu » vous touchez à mon sens en plein dans le « mille ». Je veux dire par là que ce mot exprime à mon sens la dynamique dans laquelle un adolescent se trouve. Remettre en cause un système, s’en détacher sans le piétiner au risque de se piétiner soi-même, partir à la découverte de ce que l’on veut être et ne pas être, tout en recherchant l’approbation de ceux qui nous ont accompagné toute notre vie est un passage douloureux, déstabilisant et inquiétant.

Pour répondre à la question que vous posez plus haut : « quelle attitude adopter ? », et que j’ai envie de compléter par « et comment soutenir son ado sans le lui montrer (et surtout sans y laisser trop de plumes) ? », j’ai envie de vous proposer les pistes suivantes :

  • En premier je vous invite à vous détendre. Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas facile. N’empêche que la dernière chose dont un adolescent à besoin, c’est d’un parent angoissé. Un parent qui manifeste à son enfant qu’il ne lui fait pas confiance ou pire qui est lui-même déstabilisé face à son comportement. D’après votre témoignage, aucun comportement déviant ne menace la vie de votre enfant ou de quelqu’un d’autre, donc quelques règles d’hygiène relationnelle devraient vous permettre de traverser cette période avec plus de sérénité.
  • Ensuite je vous propose de vous centrer sur vous et de vous pencher sur votre ressenti face au comportement de votre fille, à ses allusions, haussements d’épaule, de sourcils etc. Comment vous sentez vous ? Qu’est ce qui vous met sous pression exactement ? De quoi vous sentez vous coupable exactement ? À quels événements, déceptions, combats son comportement vous renvoie t-il ? Avez-vous besoin de clarifier des situations non achevées liées à votre adolescence et ravivées par votre enfant? Je voulais aussi vous confirmer qu’il est tout à fait sain et naturel que vous preniez soin de vous et que vous vous sentiez bien dans vos vêtements. L’argent que vous gagnez ne doit pas servir uniquement à payer les factures et remplir le frigo, il doit vous permettre de vous faire plaisir de la façon qui sera bonne pour vous !
  • En ce qui concerne votre attitude, c’est-à-dire le comportement à adopter, je vous propose une ligne de conduite qui peut se résumer en quelques mots : opter pour un positionnement clair et congruent et surtout parler de soi, à son bout de la relation. Gardez à l’esprit que votre fille a besoin d’être entendue et surtout respectée. Utiliser la confirmation et inviter l’autre à parler de lui me semble être une bonne façon d’ouvrir le dialogue. Voici un exemple de phrase qui me vient à l’esprit si vous vous sentez « mise sous pression » par votre fille quand vous rentrez à la maison avec une nouvelle tenue : « Je vois que la robe que je viens d’acheter ne te plaît pas. Moi, elle me plaît et m’habiller à mon goût est ma façon de prendre soin de moi. Tu n’es pas obligée d’adhérer à mon choix, mais je te demande de la respecter. Je t’invite à exprimer ce que tu ressens à ton bout de la relation, par exemple à la façon dont tu veux dépenser ton argent». Il va sans dire que ce positionnement se doit d’être réciproque. Avant de finir je voulais aussi vous dire que les enfants utilisent souvent des voies détournées pour exprimer quelque chose qui les touche et qu’ils ne peuvent, ou ne veulent pas évoquer directement. Quelle interrogation votre fille peut-elle avoir derrière ses critiques ? Est-elle angoissée par son avenir, le chemin à emprunter pour être indépendante financièrement ? Il n’y a qu’elle qui puisse répondre à cela. Ce que vous pouvez lui proposer pour tenter de s’entendre est un espace d’échange et de dialogue teinté de respect et de non-jugement : lui tendre l’oreille en quelque sorte. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 4 juin 2014.