Archives de catégorie : ACTUALITE

Relation de couple : au-delà de l’alchimie

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

« Bonjour Claire,

Célibataire depuis bientôt 2 ans après une rupture douloureuse, je me suis principalement concentrée sur mon travail et des activités extra-professionnelles qui ont comblé des vides, occupé mon esprit et surtout m’ont aidée à ne pas sombrer.

Alors que je n’y croyais plus…il y a deux mois, j’ai rencontré un Allemand charmant qui attache beaucoup d’importance à son bien-être. Son travail est important certes, mais apparemment pas priorité. Il aime pouvoir profiter de quelques rayons de soleil, faire un tour à vélo, observer la nature, manger une glace ou se faire un bon repas. Il me donne souvent des conseils pour éviter des situations de stress et faire le plein d’énergie car il trouve que je ne profite pas assez de la vie.

Je travaille en free lance dans le domaine de la presse et comme vous le savez, nous n’avons pas d’horaires dans ce secteur ! Il a du mal à comprendre mon rythme et me sollicite pour qu’on se voie en semaine et fasse pas mal de sorties les weekends. Cela m’a flattée au début mais je me rends compte que je suis épuisée. J’ai des rendez-vous que je considère importants pour mon travail et il commence à se demander si je ne suis pas une carriériste. Ce qui n’est pas le cas selon moi mais il faut bien faire bouillir la marmite et je souhaite le faire grâce à un métier et des activités que j’aime.

Le couple naissant me semble être quelquechose de si fragile…Comment trouver un équilibre ? Comment préserver voire faire évoluer cette relation sans courir le risque de négliger voire perdre mon travail ? Comment continuer à m’épanouir dans mon travail sans courir le risque de tout faire voler en éclat côté sentimental et tirer un trait sur la relation à deux ? Eléonore M. »

« Bonjour Eléonore,

Quoi de plus excitant qu’une rencontre amoureuse, qu’une relation qui s’amorce? Que d’espoirs, d’envies, de désirs, de craintes et de peurs parfois. Je trouve ça merveilleusement inspirant, alors allons-y !

Commencer une relation c’est un peu comme planter une graine sans savoir à l’avance ce qui va sortir de terre. Un beau coquelicot vermeil qui va nous émerveiller le temps de l’été ? Une branche de thym qui va résister jusqu’aux premières gelées ou un chêne qui va nous accompagner le temps d’une vie ? Surprise, surprise ! Ni vous, ni moi, ni votre bel amoureux ne savons à l’avance ce qu’il adviendra. Pour continuer dans le registre végétal : que faire de cette graine si fragile ? Comment lui donner ce dont elle a besoin pour lui permettre de se développer ?

J’ai très envie de vous proposer dans un premier temps de vous pencher sur son environnement immédiat : le terreau qui va l’accueillir et la nourrir. Vous l’avez deviné, le terreau en question c’est votre relation. Ce lien entre vous et lui, cet espace qui vous relie et vous sépare. Si vous plantez une graine dans une terre envahie par les mauvaises herbes et que vous ne l’arrosez pas, il est fort probable que la graine ne germe pas. En revanche si vous choisissez une terre saine et que vous l’arrosez suffisamment, il en sortira très certainement une petite merveille.

Alors pour trouver cet équilibre que vous évoquez et surtout pour vous préserver vous-même je vous invite à vous pencher sur la question suivante : quels sont mes apports, mes attentes et mes zones de tolérance dans cette relation. Autrement dit : qu’est ce que j’apporte pour nourrir cette relation. Dans votre cas, il peut s’agir de votre goût pour la littérature et les voyages, la culture franco-allemande… Quelles sont vos attentes ? Par exemple passer au moins une soirée par semaine ensemble ainsi qu’une journée du week-end. En réfléchissant à deux à cette question, vous observerez que vos apports et vos attentes sont tout naturellement différents et c’est là qu’entre en piste le troisième volet de cet exercice : qu’elles sont vos zones de tolérance ? Celles qui, si elles sont dépassées, mettent votre bien-être et votre relation en danger. Votre bel amoureux a peut-être l’attente de vous voir tous les soirs, mais passer une soirée par semaine et une journée du week-end avec vous peut tout à fait entrer dans sa zone de tolérance. Cet exercice simple et extrêmement puissant peut s’appliquer à tous les aspects d’une relation : les moments à deux, la sexualité, les vacances, les finances et surtout peut et doit se faire régulièrement. Mettre des mots sur les différences et sur ce qui nous rapproche est un des meilleurs moyens de dépasser la frustration et les malentendus, inhérents à toute relation humaine.

Dans un deuxième temps, il est essentiel de garder les pieds sur terre et de ne pas perdre de vue vos besoins. Petit rappel si besoin est, les cinq besoins d’autoconservation sont : respirer, boire, manger, dormir et éliminer. Dans votre message, vous en abordez deux, d’un côté que vous êtes épuisée, donc que vous avez besoin de dormir et de l’autre qu’il faut « bien faire bouillir la marmite », ce que je traduis par manger. Oui, ces aspects qui peuvent paraître triviaux au début d’une relation, au moment où nous sommes tout feu tout flamme, restent néanmoins essentiels à notre bien-être puisqu’il s’agit de nos besoins vitaux. Peut-être vous épuisez-vous à répondre à votre désir de vivre une relation de couple et en même temps à vivre d’un travail que vous aimez sans échanger à ce sujet avec votre partenaire. Vos désirs sont légitimes et vous avez tout à fait raison de vouloir les deux car vous méritez tout simplement le meilleur ! Pour réaliser ces deux désirs qui vous sont chers, il est important de les évoquer, à deux et d’inviter votre partenaire à vous écouter et à parler à son tour. Découvrir les limites de l’autre peut faire sortir de la « lune de miel » qui illumine le début de la relation, en même temps ce nouvel espace pose les bases et féconde le terreau nécessaire à toute relation. Je vous souhaite de beaux échanges, riches et précieux à tous les deux ! »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 29 avril 2014.

Relations professionnelles – être individualiste en groupe ?

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

« Bonjour Claire,

Je travaille depuis bientôt deux ans en Allemagne, dans une société de prestations pour l´automobile. La société pour laquelle je travaille dépend des constructeurs (donneurs d´ordre) et se propose d´accompagner les constructeurs dans le développement de leurs projets.

Passionné par mon boulot, il m´arrive régulièrement d´avoir des idées d´innovation concernant les mobilités du futur : je fais des propositions de projets innovants à mon chef, afin de positionner l´entreprise comme apporteur de nouvelles solutions pour les constructeurs.

Être prestataire c´est aussi accepter d´avoir un rythme de travail irrégulier : lorsque le client ne nous sollicite pas, nous n´avons rien à faire… et cela me frustre : difficultés à me motiver le matin pour aller travailler, l´impression de se sentir inutile. Pas terrible pour l´amour-propre.

Alors j’ai cru comprendre que l´effet de groupe était important dans la culture allemande et que donc, les comportements individualistes ne sont pas courants : concrètement, se plaindre de n´avoir rien à faire ou de proposer une autre vision des projets ne fait pas partie du jeu.

Tout cela est sûrement lié a la notion de « risque » qui n´est pas présente dans la culture allemande.

Comment faire pour se sentir épanoui, en étant individualiste dans un groupe ? Pascal S. »

« Bonjour Pascal,

Dans votre témoignage, je distingue deux pistes de réflexion.

La première est relative à votre travail et le sens qui en découle pour vous. D’un côté il vous satisfait par son contenu et de l’autre moins par son rythme, puisque les phases de “vide” vous renvoient à un ressenti tout autre : celui d’être inutile. Que signifient ces phases imposées de calme, ce creux de la vague et surtout à quoi cela vous renvoie t-il ? Ce sont les questions que j’ai envie de vous poser. Y a t’il une peur cachée derrière ce ressenti et si oui, de quelle peur s’agit-il ?

Deux choses me viennent également à l’esprit. Votre qualité d’être humain est-elle dépendante de vos résultats professionnels ? Avez-vous peur d’avoir moins de valeur si vous n’apportez pas de résultats ? Hm, si c’est le cas, je tiens à vous rassurer doublement, premièrement vous n’êtes pas le seul et deuxièmement votre qualité d’être humain ne dépend ni de votre travail, ni de votre salaire, ni de votre couleur de peau ou de vos préférences sexuelles. Vous êtes précieux tel que vous êtes et vous n’avez pas besoin de « faire » quoi que ce soit pour cela.

Pour aborder votre question relative à l’individualisme dans un groupe, je vais m’appuyer sur un concept qui s’appuie sur nos besoins fondamentaux.

Face à autrui, chacun d’entre nous est porteur de deux aspirations qui s’opposent quelquefois, qui nous paralysent et nous entraînent bien souvent soit dans l’opposition, soit dans la soumission. Il s’agit de la recherche d’affirmation et la recherche d’approbation. Le besoin d’affirmation est un besoin vital qui vise à se différencier et à pouvoir exister dans l’altérité vis-à-vis d’autrui. Le besoin d’approbation nous entraîne quant à lui à nous préoccuper de l’avis de l’autre, souvent aux dépens de notre intégrité. Nous nous retrouvons donc face à une prise de risque, celui de s’affirmer sans disqualifier la position de l’autre et celui de renoncer à l’approbation de l’autre. Vaste programme, n’est ce pas ?

J’en reviens maintenant à votre question « comment se sentir épanoui, en étant individualiste dans un groupe ». Peut-être savez-vous déjà où je veux en venir. Lorsque je lis le mot individualiste je pense tout de suite à votre besoin d’affirmation. Le mot individualiste est souvent connoté négativement, associé á l’égoïsme. Se respecter, être centré sur soi, être conscient de ses besoins et de ses désirs est ESSENTIEL pour rester vivant et en bonne santé. La question qui se pose vraiment est plutôt dans la façon dont vous exprimez votre besoin d’affirmation. Vous positionnez vous sereinement ou dans l’affrontement et la disqualification ? Y a t’il un lien entre la prise de risque inhérente à cette démarche qui vous pose question et celle que vous jugez absente dans la société allemande ?

J’espère que vous trouverez dans mon propos quelques pistes de réflexion pour aborder votre problématique sous un autre angle. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 11 mars 2014.

Relations de bon voisinage – suite et fin

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

Il y a deux mois de cela, Claudine S. nous offrait son témoignage et un bel exemple de résolution de conflit. Après avoir exploré la première règle intitulée « je gère mon bout de la relation » à cette occasion, et avoir jeté un coup d’œil du côté de la deuxième règle intitulée « je ne gère pas l’extrémité de l’autre », je vous propose de clore ce triptyque en nous penchant sur une troisième règle d’hygiène relationnelle.

« Bonjour Claudine,

Je suis heureuse de vous présenter aujourd’hui la troisième règle d’hygiène relationnelle intitulée « je parle de moi à l’autre ». Cette règle toute simple à effet immédiat s’articule autour de cinq axes :

  • premièrement je refuse de parler sur l’autre, c’est-à-dire que je sors de l’injonction, de la dévalorisation, la comparaison,
  • deuxièmement je me positionne, c’est-à-dire que je renonce à l’approbation et prends le risque de la différentiation,
  • troisièmement, je parle de ce que je ressens, soit des événements extérieurs à la relation ou de la relation elle-même,
  • quatrièmement j’évite les propos généraux (vous savez, la fameuse phrase qui commence par « on » suivie de propos généraux du style « toujours », « jamais »…)
  • cinquièmement, je ne mélange pas les relations, ce qui signifie que je refuse de parler sur un tiers.

En vous présentant cette règle je dois avouer que j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes tellement elle peut paraître évidente et pleine de bon sens. Pourtant parler de soi à l’autre semble beaucoup moins aisé de premier abord, il est tellement plus aisé de parler SUR l’autre.

Pour reprendre la situation dont il est question, Claudine parle à sa voisine, celle qui est entrée dans son jardin et se positionne en parlant de ce qui s’est passé dans la relation, le fait que sa voisine soit entrée dans son jardin sans en demander l’autorisation et que cela ne lui convient pas, qu’elle le ressent comme une intrusion. Elle prend le risque de se différentier. Elle tend la main, sous la forme d’une lettre, à sa voisine en voyant que celle-ci se sent blessée et se referme sur elle, ce qui leur permet de dépasser ce conflit et de préserver leur relation de bon voisinage.

Juste pour rire j’ai très envie de vous décrire un dialogue imaginaire, tel que je peux souvent l’observer. Imaginez la scène suivante : une amie lui rend visite dans la journée, Claudine est furieuse, n’ayant pas encore identifié l’origine de son mal-être. Alors elle se lance dans une diatribe contre sa voisine : On a jamais vu ça, mais quel toupet de rentrer dans mon jardin sans me le demander ! Elle est vraiment sans gêne, puisque c’est comme ça… » J’arrête là, mais je vous laisse imaginer le tableau et surtout le résultat désastreux et une relation complètement bloquée.

La question qui se pose alors est la suivante : pourquoi est-il si difficile de parler de soi à l’autre ? Est-ce parce que nous préférons garder le contrôle sur notre image, sur l’autre ? Ou parce que notre besoin de nous dire et d’être entendu est tellement maltraité qu’il déferle sur nous et nous renverse dès que nous avons la possibilité de communiquer, c’est-à-dire de mettre en commun ?

Puisque le début d’une nouvelle année est l’occasion pour certain de prendre une résolution, j’ai très envie de vous inviter à expérimenter cette règle dans une relation de votre choix. Est ce que cela vous tente ? »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 7 février 2014.

Relations de bon voisinage – suite

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

Le mois dernier Claudine S. nous offrait son témoignage et un bel exemple de résolution de conflit. Après avoir exploré la première règle intitulée « je gère mon bout de la relation » à cette occasion, je vous propose aujourd’hui de jeter un coup d’œil du côté de la deuxième règle d’hygiène relationnelle.

Deuxième règle d’hygiène relationnelle : « Je ne gère pas l’extrémité de l’autre »

« Bonjour Claudine,

Je suis  heureuse de vous présenter la deuxième règle d’hygiène relationnelle intitulée « je ne gère pas l’extrémité de l’autre ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un reflet simpliste de la règle précédente. Gérer son bout de la relation veut dire que je suis responsable de ce qui se passe à mon bout, de ce j’envoie dans la relation et de ce que je fais avec ce que je reçois de l’autre. Ne pas gérer l’extrémité de l’autre implique trois éléments différents et bien spécifiques.

  • Premièrement, je ne suis pas responsable de la souffrance de l’autre, de ses sentiments.
  • Deuxièmement, je ne pense pas pour l’autre, c’est-à-dire que j’évite de prêter une intention à son acte, d’enfermer ma demande dans sa réponse supposée et d’imaginer son ressenti.
  • Et troisièmement je ne cherche pas à changer l’autre, ce qu’il est, ce qu’il m’envoie dans la relation et ce qu’il désire.

Si vous êtes parvenus à lire ces trois lignes sans hausser les sourcils, vous étouffer d’effroi, de consternation ou de surprise…félicitations ! Et je ne plaisante qu’à moitié.

Alors oui, si je suis responsable de mon ressenti comme nous l’avons vu le mois dernier, l’autre est par définition également responsable du sien. Cela ne nous entraîne pas à sombrer dans l’indifférence, cela ne m’empêche pas d’avoir de la compassion pour l’autre. Pour paraphraser le poète William Ernest Henley je dirais que chacun est le maître de son destin, chacun est le capitaine de son âme. Il m’est tout simplement impossible d’être centré sur moi et congruent avec mes besoins si je passe mon temps à me sentir responsable de ce que l’autre en face de moi ressent. Voilà !

Penser pour l’autre, imaginer ce qu’il pourrait ressentir si je fais ceci ou cela était un état d’esprit permanent chez moi, il n’y a encore pas si longtemps que ça. Un puit sans fond qui consumait beaucoup de mon énergie de vie et surtout entravait toute tentative ou prise d’initiative dans ma vie professionnelle et privée. Si vous fonctionnez vous aussi sur ce mode automatique ou que vous n’en avez pas encore conscience peut-être aurez-vous envie d’observer vos pensées la prochaine fois que vous décrocherez votre téléphone, que ce soit pour trouver un nouvel emploi, demander un service ou rencontrer quelqu’un qui vous plaît. Que vous autorisez vous à dire, à ne pas dire ? Raccrochez vous le combiné avant même d’avoir composé le numéro ?

Et quand je dis que je ne cherche pas à changer l’autre, je le pense vraiment ! Essayez juste une fois, juste pour voir, de vous défaire de ce désir, de cette croyance que vous auriez le pouvoir de changer votre partenaire de vie, votre collègue, votre parent ou un ami et vous verrez que c’est extrêmement libérateur. Pour être franche avec vous, je n’ai jamais vu une carotte se transformer en radis sous prétexte qu’un chou-fleur le souhaitait ardemment, et vous ?

Dans l’exemple de Claudine je trouve particulièrement intéressant d’observer qu’elle lui écrit une lettre pour lui parler d’elle, de sa tristesse à l’idée de la perdre, de l’estime qu’elle éprouve à son regard mais aussi de son besoin d’être respectée. Sa relation de bon voisinage est importante pour elle et elle en témoigne. Elle ne dit pas à sa voisine ce qu’elle doit faire ou ressentir. Elle est touchée par la réaction de sa voisine, mais reste à son bout de la relation et reformule par écrit ce qu’elle n’avait peut-être pas pu entendre lors de leur échange verbal, trop touchée qu’elle était par son ressenti. La prochaine fois, je vous en dirai un peu plus sur la troisième règle mais en attendant je vous souhaite plein de bon et une fin d’année en beauté ! »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 12 décembre 2013.

Relations de bon voisinage

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

Relation à l’autre

„Un matin, je trouve ma voisine se dirigeant vers l’enclos des lapins, dans mon jardin, une carotte à la main. C’est une femme de 70 ans avec qui j’entretiens des relations cordiales. Lorsqu’elle m’annonce qu’elle venait nourrir les lapins que j’avais en pension, je lui signale gentiment qu’elle n’a pas besoin de le faire, que nous nous en chargeons déjà. Quelques heures plus tard, je ressentais un malaise par rapport à cette situation. Le fait qu’elle ait voulu nourrir les lapins me dérangeait en réalité moins que le fait qu’elle ait ainsi pénétré dans mon jardin sans me le demander. Je décidais donc de lui en parler. Il était pour moi important de me positionner car je sentais qu’en franchissant la limite de mon jardin, une limite avait également été franchie dans mon intimité. Je la priai donc gentiment de me demander à l’avenir avant de pénétrer ainsi dans mon jardin. La voisine fut tellement blessée par ma demande qu’elle coupa court au dialogue et ne voulut plus de contact avec moi. Elle me dit que c’était pour elle un signe que je n’avais pas confiance en elle et que je ne l’aimais pas. Le lendemain, très malheureuse par rapport à la situation, je décidai de lui écrire une lettre et de lui parler de mon ressenti. J’ai pu lui dire que je considérais mon jardin comme ma maison et que j’étais mal à l’aise lorsque des visiteurs pénétraient ainsi chez moi sans crier gare. Cela n’avait pour moi rien à voir avec les sentiments que je lui portais. Je lui répétai l’estime que je ressentais pour elle et la tristesse de la perdre. Suite à cette lettre, elle est venue me trouver pour me dire qu’elle avait été très touchée et que cette histoire était pour elle ainsi terminée. Aujourd’hui, notre rapport est redevenu comme avant.“ Claudine S.

« Bonjour Claudine,

Merci pour votre splendide témoignage. C’est une vraie mine d’or pour moi et je me réjouis de pouvoir en extraire quelques pépites aujourd’hui ! Il y a vraiment beaucoup à dire puisque vous avez utilisé presque toutes les règles d’hygiène relationnelles proposées dans la méthode ESPERE®, celles qui nous permettent d’entretenir des relations en santé, vivantes et énergétigènes.

Je vous propose d’examiner aujourd’hui la première de ces règles. Elle s’intitule : „je gère mon bout de la relation“. Pour ceux et celles qui ne le savent pas encore, la relation a deux bouts. Oui oui vous avez bien lu, la relation a deux extrémités – imaginez deux personnes reliées par une écharpe, chacune tenant un bout dans sa main et l’écharpe représentant la relation. Ensuite imaginez que l’écharpe est une sorte de tuyau dans lequel circulent des messages. Je ne plaisante pas, faites le vraiment et quand vous aurez fini, on continue. Il est primordial de comprendre ici que chacun et chacune est responsable de son bout de la relation et non de celui de l’autre… et pour être honnête avec vous c’est souvent ici que les problèmes dans les relations humaines commencent.

Alors gérer son extrémité de la relation ça veut dire quoi concrètement? Ça veut dire que premièrement, je suis responsable de me blesser ou de me grandir avec ce que je reçois, et surtout que je suis responsable de ce que j’envoie dans la relation : est-ce que je fais part ou non de mon ressenti, de ma demande, de ma position face au comportement, au message de l’autre ? Dans votre témoignage, vous appliquez cette règle en identifiant ce qui vous blesse – votre voisine pénètre dans votre jardin sans vous en demander l’autorisation – c’est donc bien vous qui êtes blessée par son comportement. Je tiens à préciser que reconnaître ce qui nous blesse est loin d’être simple. Dans bien des cas, nous ne sommes pas capables d’identifier que nous avons reçu quelque chose de toxique pour nous. Bien souvent apparaissent d’abord un ressenti de malaise, puis notre bonne humeur est minée, notre joie de vivre amoindrie, un quelque chose de non identifiable nous gâche la journée. C’est souvent après quelques heures, quelques jours voir quelques années que nous pouvons enfin identifier que nous nous sommes blessés avec un regard, une intonation de voix, un mot malheureux, un haussement d’épaules, une carotte offerte à un lapin dans notre jardin – je vous laisse ici étoffer cette énumération non exhaustive de vos exemples personnels. Arghh…j’allais oublier quelque chose de très important : bien souvent l’auteur n’a pas conscience de vous envoyer un message toxique! C’est vraiment vrai comme dit ma fille. Bref cela nous conduit tout naturellement au deuxième point de cette règle.

Gérer son extrémité de la relation implique deuxièmement que : „je prends en charge mes demandes“. Mais pourquoi donc me direz-vous ? Et bien tout simplement parce que c’est bien de vous, de votre vie, de votre santé qu’il s’agit et surtout parce que ce n’est pas aux autres de les prendre en charge. Remarquez en passant que les enfants délèguent rarement aux autres le soin de faire ce qui est bon pour eux, ils le font tout naturellement ! Un exemple : Je veux manger du chocolat, je me sers et le tour est joué. Je n’attends pas que Papa ou Maman devinent que je veux manger du chocolat et me l’apporte sur un plateau d’argent. En plus les enfants n’accusent pas leurs parents de ne pas leur apporter ledit chocolat ! Est-ce que l’image vous parle ?

Prendre en charge nos demandes nous permet surtout de passer de l’accusation au positionnement. Dans votre témoignage, vous lui faites part de votre ressenti – „elle a franchi la limite de votre intimité“ – et exprimez votre demande – vous la priez de vous demander à l’avenir l’autorisation avant d’entrer chez vous. Si vous n’aviez pas eu connaissance de cette règle, peut-être auriez-vous commencé par en parler à une autre voisine, à vous plaindre, à dire combien vous trouvez votre voisine sans-gêne, désagréable… Bref vous auriez pu facilement dire du mal de votre voisine et peut-être répandre des mots durs à son sujet. Heureusement pour vous et pour elle vous avez su gérer la situation, c’est-à-dire prendre soin de vous, reconnaître votre limite, poser votre demande et vous respecter. Voilà pour la règle numéro une. Je vous présenterai la suivante la prochaine fois. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 12 novembre 2013.

Relation de couple franco-allemande

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

“Les rapports entre hommes et femmes semblent différents en Allemagne. J’ai cru comprendre qu’après la guerre, l’image de l’homme allemand en a pris un coup, et que l’allemand semblait avoir besoin d’être sous alcool pour draguer. De plus, il semblerait que certaines figures féministes aient contribué à écraser un peu l’image de l’homme dans ce pays. 
Il paraît que lorsque un allemand est attiré par une fille il ne fait. .. rien. Car jouer le charmeur est « suicidaire ».
En tant que français, naturellement communicatif, comment signifier de l’intérêt pour une fille allemande ?
Les règles de séduction française semblent peu fonctionner. Conscient de cette différence j’observe, lance des perches. .. dont j’ai parfois aucun retour. Mais elle sait que je suis français et qu’il n’est pas impossible qu’elle se pose aussi la question, dans le cas où mes impressions de complicité naissante sont partagées par la jeune femme. Alexandre P. »

« Cher Alexandre,

Ah!! Quelle question excitante que celle de la rencontre amoureuse. Puisqu’il y a pas mal de choses à dire à ce sujet …allons-y !

Il y a à mon sens deux dimensions à prendre en compte dans votre question. La première relève du niveau interpersonnel : c’est à dire ce qui se passe entre moi et l’autre. Oui, il y a des différences trés profondes entre les cultures allemande et francaise, et bien sûr en ce qui concerne la place de la femme, de l’homme et de la famille. Le jeu de la séduction opère donc selon des modes différents, en particulier au niveau des références humoristiques et culturelles. Il me semble donc naturel qu’il vous faille réajuster vos „techniques“. Ce qui reste universel en revanche, ce sont quelques balises et points d’ancrage auxquels il est possible de se référer avant de se lancer à l’eau. Quelle que soit notre culture nous avons tous les mêmes besoins relationnels, même s’ils peuvent se manifester différemment. En ce qui concerne votre question, les deux premiers besoins jouent à mon avis un rôle prépondérant : celui de se dire et d’être entendu (je vous donne les autres par souci d’exhaustivité – le besoin d’être reconnu, d’être valorisé et le besoin de rêver). J’ai très envie de vous proposer d’essayer la chose suivante lors de votre prochaine rencontre: dans un premier temps je vous invite à vous mettre en position d’écoute, celle que j’appelle l’écoute active, c’est elle qui permet à l’autre de se dire. Elle consiste à créér de l’espace en soi pour accueillir l’autre, ses propos, ses silences aussi, ses rires. Puis je vous invite à parler de vous à la première personne, à témoigner de ce qui vous habite, vous passionne, vous étonne, toujours à la première personne. Cette règle qui paraît évidente et facile à appliquer est en fait celle qui passe la première aux oubliettes dès qu’une conversation s’engage. Pourtant c’est elle qui nous permet de signifier à l’autre qu’il nous intéresse et que nous avons envie d’être en relation avec lui ou elle !

La deuxième dimension qui mérite toute notre attention est celle qui relève du niveau intrapersonnel : c’est à dire ce qui ce passe entre moi et moi ! Connaissez vous les quatre grands enjeux de la rencontre amoureuse ? Si oui, je me permets quand même de vous les rappeler. Allons-y : les affinités (café ou thé, mer ou montagne… je simplifie mais je pense que vous voyez ce dont je parle), l’attirance physique (il n’est pas ici question que de mensurations mais plutôt de votre charme !), les choix inconscients (elle/il va me rappeler quelqu’un… là il y aurait de quoi écrire quelques centaines de pages !) et puis enfin la naissance d’un sentiment, qui par définition a besoin de temps pour naître (l’exception du coup de foudre est bien une exception comme son nom l’indique).

Ah oui et pour clore mon propos, il y a bien sûr le désir, celui de rencontrer quelqu’un, de partager un bout de chemin ou seulement quelques instants. Et en matière de désir il est bon de savoir si il s’agit d’un désir vers l’autre, qui ne s’impose pas ou d’un désir sur l’autre, qui va donc s’imposer et entravera toute tentative de communication.

J’espère que ces quelques éléments et pistes de réflexion stimuleront des questions ou mieux encore des interrogations et qu’ils vous permettront d’aborder votre prochaine rencontre dans un esprit nouveau. »

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 15 octobre 2013.

Relation parent – enfant : le dessin

À base d’anecdotes, de témoignages et de situations vécues, cette rubrique se veut un espace d’écoute et de réflexion. La relation à soi, à son enfant, à son partenaire de vie, à son collègue et à l’autre (parent, ami, …) sont les lieux privilégiés de communication et bien souvent d’incommunication. Grâce à des outils, des règles et des concepts spécifiques (à la Méthode ESPERE®) je vous propose d’essayer d’y voir un peu plus clair et de découvrir le potentiel qui se cache dans chaque relation humaine.

La relation parent-enfant

Qui nous fait sortir de nos gonds plus rapidement que nos chères petites têtes blondes, brunes ou rousses? Vous l’aurez deviné, tout simplement personne.

Nos enfants sont les êtres que nous chérissons le plus et envers lesquels paradoxalement nous pouvons ressentir le plus d’ambivalence en terme de sentiments, d’émotions et de ressentis. Puisqu’ils sont dotés d’antennes extrêmement fines, ils sentent nos fatigues, nos contrariétés, nos contradictions et nos limites mieux que personne. À travers un langage qui leur est propre, tout en métaphores et en nuances, ils vont à travers leur comportement essayer de communiquer avec nous et surtout avec l’ex-enfant que nous sommes. La bonne nouvelle est qu’il est possible d’apprendre à décrypter et à entendre ce qu’ils nous disent, que ce soit leurs peines, leurs peurs ou tout simplement leurs interrogations, ce qui nous permet d’économiser malentendus et énervements.

Commençons par l’exemple suivant :

A l’issue d’un atelier pour enfant, je demandais à ma fille si l’animation lui avait plu, ce qu’elle répondit par l’affirmative. Attristée à l’idée de laisser le dessin sur lequel elle s’était appliquée pendant un long moment, je lui proposais de le ramener à la maison. Peu avant la deuxième séance je lui précisais à la dérobée qu’il faudrait ramener ledit dessin, ce à quoi elle répondit par un froncement de sourcil. Deux jours avant de repartir à l’atelier elle m’affirma fermement qu’elle ne voulait pas retourner à l’atelier, me dit qu’il ne lui plaisait pas, ni l’animatrice, ni les autres enfants, ni ”rien du tout”. Alertée par la fermeté de son propos et les émotions fortes qui l’accompagnaient, je me suis demandé de quoi il en retournait vraiment dans cette histoire et surtout à quel événement pouvait être lié son refus soudain et catégorique. L’histoire du dessin me revint en mémoire au cours d’une conversation avec une amie au sujet de son refus et surtout de l’origine de son refus. J’abordais alors rapidement le sujet avec elle en lui proposant de faire une photocopie du dessin. Depuis elle se rend à l’atelier avec plaisir et enthousiasme.

Ce qu’il faut retenir

Que peut-on retenir de cet épisode ? Les comportements sont un langage non pas seulement chez les enfants, mais chez chacun d’entre nous. Ils sont une façon d’exprimer quelque chose qui nous touche trop ou de trop près, consciemment ou inconsciemment. Un deuxième enseignement est qu’il est essentiel de différencier la personne de son comportement, et surtout de l’inviter à parler de son ressenti pour pouvoir entendre ce qu’elle essaie de nous dire !

Article paru dans la rubrique « Une question peut en cacher une autre » du Petit Journal de Francfort le 24 septembre 2013.